Publié dans le Quotidien Jurassien le 16 octobre 2026
Le maire en cairosse
Source : Antoine Biétrix, Lai lattre de Bonfô
Il s’agissait de rendre hommage au nouveau prince-évêque et de recevoir sa bénédiction Le maire de Bonfol a loué un carrosse pour la circonstance.
Le maire monté donc dains lai cairosse, tot fie, bïn pïmpè. Ènne fois en voiture, çoli allait prou bïn djuque chu le hât de Tyeuve. Mains li, le maire qu’ôyait le brut di caînon èt lai musitye, aivait tyute d’airrivaie. È dit è cotchie :
« Allons, ç’ n’ât p’ le môment de dremi ! Hue, Hue ! » Le cotchie fait tchaiquaie sai rieme chu l’ dos des quaitre tchevâs. Cés-ci s’ botant à ritaie ventre è tiere. Le maire riait de bon tyûre. C’était trop po lai cairosse chu ci tch’mïn frâtchement retchairdgie èt dains lai déchente. Patapouf ! Le fond de lai djôle s’effondre èt fot l’ camp. Mon poûere maire se trove chu ses pies, trop tchainçou de se r’teni des dous mains. « Heu !Heu ! » raîlait not’ maire que ritait de tote lai vitesse de ses pies, dains lai borbe èt dains les goyets. Le cotchie s’ r’âté d’vaint lai pouetche de lai vèlle. È bote pie è tiere, aiborde son maire le tchaipé en lai main.
Ât-ce bïn allè ? qu’è d’mainde.
N’était l’hannour, répond l’maire, i airôs aitaint ainmè aillaie è pie.
Notes
lai cairosse, le carrosse, féminin chez Biétrix
èl aivait tyute, il avait hâte
le cotchie, le cocher
lai djôle, la cage, désigne ici le carrosse
les goyets, les flaques
Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

Le maire en carrosse
Le maire monta donc dans le carrosse, tout fier, bien pimpé. Une fois en voiture, ça allait assez bien jusque sur le haut de Coeuve. Mais là, le maire qui entendait le son du canon et la musique, avait hâte d’arriver. Il dit au cocher :
« Allons, ce n’est pas le moment de dormir ! Hue, Hue ! » Le cocher fait claquer son fouet sur le dos des quatre chevaux. Ceux-ci se mettent à courir ventre à terre. Le maire riait de bon cœur. C’était trop pour le carrosse sur ce chemin fraîchement empierré et dans la descente. Patapouf ! Le plancher s’effondre et disparaît. Mon pauvre maire se retrouve sur ses pieds, trop chanceux de se retenir des deux mains. « Heu ! Heu ! » maugréait notre maire que courait de toute la vitesse de ses pieds, dans la boue et dans les flaques. Le cocher s’arrêta devant la porte de la ville. Il met pied à terre, aborde son maire le chapeau à la main.
Est-ce que c’est bien allé ? lui demande-t-il.
N’était l’honneur, répond le maire, j’aurais préféré aller à pied.
